

2004, déclarée par l’Organisation des Nations Unies Année internationale de commémoration
des luttes contre l’esclavage et de son abolition, marque aussi le bicentenaire de
l’indépendance de Haïti, et celui de Victor Schoelcher (1804-
Son engagement le plus connu est son combat pour l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, intervenue en 1848 à la faveur de la Révolution de février et de l’instauration d’un gouvernement républicain. Il voyagea et publia beaucoup, analysant notamment les sociétés coloniales des Caraïbes, le système esclavagiste, les phénomènes de résistance des esclaves.
Représentant du peuple (député) élu en Guadeloupe et en Martinique entre 1848 et 1851 au suffrage universel masculin, puis en Martinique en 1871, Victor Schoelcher devint sénateur inamovible en 1875. Il se consacrait alors à la construction, en France, d’un régime républicain tout en demeurant une référence dans l’élaboration de la politique d’expansion et de gestion coloniales du dernier quart du XIXe siècle.
Il n’en porta pas moins un regard très critique sur l’évolution des colonies où le
Gouvernement provisoire de 1848 avait selon lui, en abolissant l’esclavage, remédié
à un « crime de lèse-
Dès 1848, le nom de Schoelcher, élu dans les colonies où l’esclavage venait d’être
aboli sans qu’il y fût lui-
Aujourd’hui, les témoignages sur son temps que laissa Schoelcher – sénateur de 1875 à la fin de sa vie en 1893 – nous introduisent dans les réalités encore mal connues d’un siècle de transformations sociales et politiques profondes, de conquête et de colonisation qui ont gardé une surprenante actualité.

« Evoquer Schoelcher, ce n’est pas invoquer un vain fantôme, c’est rappeler à sa vraie fonction un homme dont chaque mot est encore une balle explosive. (...) Si, malgré tout, de la grande déconfiture, surnage un fait positif, l’abolition de l’esclavage, c’est que dans un domaine limité, la Révolution buta sur les hommes qu’il fallait. (...) Schoelcher dépasse l’abolitionnisme et rejoint la lignée de l’homme révolutionnaire : celui qui se situe résolument dans le réel et oriente l’histoire vers sa fin ».
Aimé Césaire, introduction de Esclavage et colonisation, recueil de textes de Victor
Schoelcher publié par Emile Tersen, Presses Universitaires de France, Paris, 1948.
« Victor Schoelcher, un des rares souffles d’air pur qui ait soufflé sur une histoire
de meurtres, de pillage, d’exactions ».
Aimé Césaire, introduction à Esclavage et colonisation, recueil de textes de Victor Schoelcher, P.U.F., 1948.
VICTOR SCHOELCHER, 1804-
Victor Schoelcher naquit le 22 juillet 1804 à Paris, au sein d’une famille de fabricants
de porcelaines d’origine alsacienne (Fessenheim). Autodidacte, n’ayant fait que de
courtes études secondaires, il fréquenta dès l’adolescence les milieux littéraires
et artistiques parisiens. Après avoir effectué plusieurs missions de représentation
commerciale pour l’entreprise familiale -
Après un premier périple
vers le Mexique en 1828-
Il partit ensuite pour la même raison
-
C’est à
la lutte contre l’esclavage et à la réforme du régime colonial qu’il consacra l’essentiel
de ses activités, tout en cultivant une dimension de musicologue. En 1848 il présidait
la Commission d’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises qui prépara
les décrets abolitionnistes du 27 avril. Schoelcher occupait les fonctions de sous-
Il put ainsi mettre en application les aspects essentiels du projet de réforme coloniale
qu’il avait élaboré depuis 1840, devenant le promoteur d’une politique d’assimilation
des droits politiques des citoyens des colonies à ceux de la France.
Il milita par
ailleurs pour la construction du régime républicain en France, pour l’application
du suffrage universel et pour l’abolition de la peine de mort, pour la reconnaissance
des droits civiques des femmes et pour l'élaboration d'un droit des enfants.
Représentant
du peuple élu en Martinique (1848) et en Guadeloupe (1849-
Pendant son exil à Londres, entre 1852 et 1870, il devint un spécialiste incontesté
de l'oeuvre du compositeur Georg Friedrich Händel dont il constitua une collection
de manuscrits inestimable.
Auteur de nombreux ouvrages et articles sur les colonies
françaises et étrangères, il publia notamment Colonies françaises. Abolition immédiate
de l’esclavage, Colonies étrangères et Haïti, Histoire de l’esclavage pendant les
deux dernières années. En 1857 paraissait à Londres une Vie de Haendel, compositeur
dont il donna à la Bibliothèque du Conservatoire de Paris (actuel Département de
la Musique de la B.n.F.) l’exceptionnelle collection de manuscrits qu’il avait réunie.
En 1889, son dernier ouvrage était consacré à une Vie de Toussaint Louverture, pour
le centenaire de la Révolution française. Il donna à de nombreux organismes des collections
de livres et d’oeuvres d’art, permettant notamment l’ouverture d’un musée à Pointe-
Schoelcher mourut à Houilles (Yvelines) le 25 décembre 1893. Il entra au Panthéon le 20 mai 1949.
LE SIÈCLE DES ABOLITIONS DE L’ESCLAVAGE
LE PROCESSUS S’ENCLENCHE A SAINT-
C’est dans la colonie française de Saint-
WILBERFORCE, CLARKSON, CONDORCET, GREGOIRE...
En 1830, alors que l’émancipation n’avait pas encore été votée par le parlement britannique, alors que le Congrès de Vienne avait, depuis quinze ans déjà, incité en vain les nations participantes à réprimer la traite négrière encore pratiquée depuis leurs ports, Schoelcher préconisait dans De l’esclavage des noirs et de la législation coloniale, en 1833, une répression du trafic négrier à l’échelle « universelle » et une suppression progressive de l’esclavage : « Et ce n’est point un acte partiel que je demande, c’est une convention européenne, c’est une alliance que l’on pourra sans mentir appeler sainte, c’est une alliance de tous les peuples, qui déclareront la traite abolie pour toujours ». Il suivait en cela de célèbres exemples, tels que ceux de Condorcet, de Mirabeau, de l’abbé Grégoire, de William Wilberforce, de Thomas Clarkson ou de Morenas. Concernant l’esclavage toutefois, il précisait : « Loin de nous cependant, la pensée de bouleverser le monde, de compromettre les intérêts et la vie de tant de colons attachés à l’esclavage »... La « mort » et les « affranchissements successifs » des esclaves mèneraient selon lui à l’extinction de l’esclavage une fois la source de la traite négrière tarie par d’efficaces mesures d’interdiction. Sa prudence était celle qu’affichaient alors en France les partisans de la suppression de l’esclavage, celle, notamment, de la Société Française pour l’Abolition de l’Esclavage qui ne se prononça que tardivement, en 1847, en faveur d’une émancipation immédiate des esclaves.
A partir de 1840-
L’IMPULSION BRITANNIQUE
Dans les années 1840, les courants antiesclavagistes européens étaient fortement
influencés par le précédent de l’émancipation britannique de 1833-
En 1839, la fondation à Londres de la British and Foreign Anti-
Schoelcher, s’il demeura un adversaire déterminé du Martiniquais Cyrille Bissette
dont les initiatives antiesclavagistes concurrençaient en fait directement les siennes,
avait par ailleurs recommandé et financé auprès de son ami l’éditeur républicain
Laurent-
TEMOIGNER ET AGIR
Schoelcher était enfin convaincu, au début des années 1840, de la nécessité d’une abolition de l’esclavage immédiate et non progressive. Parallèlement, il critiquait les conclusions de l’anthropologie raciste qui avait entrepris, depuis la fin du XVIIIe siècle, en France notamment, de prouver scientifiquement ce qui était pourtant une profonde erreur : l’existence de races humaines et une hiérarchie de leur valeur.
Ses ouvrages Des colonies françaises. Abolition immédiate de l’esclavage en 1842,
Colonies étrangères et Haïti en 1842-
-
-
-
En 1847, c’est un véritable réquisitoire contre l’esclavage et plus précisément contre les planteurs de Guadeloupe et de Martinique auteurs de sévices à l’égard de leurs esclaves, que publiait Schoelcher en deux épais volumes intitulés Histoire de l’esclavage pendant les deux dernières années. La même année, il rédigeait pour la Société Française pour l’Abolition de l’Esclavage une longue pétition demandant la suppression immédiate de l’esclavage dans les colonies françaises
Schoelcher rédige la pétition pour l’émancipation immédiate publiée par la Société Française pour l’Abolition de l’Esclavage, 1847
« Nous demandons, Messieurs, l’abolition immédiate et complète de l’esclavage dans les colonies françaises ;
Parce que la propriété de l’homme sur l’homme est un crime ;
Parce que l’épreuve des lois des 18 et 19 juillet 1845 a rendu plus manifestes que jamais l’insuffisance et le danger des moyens prétendus préparatoires ;
Parce qu’aujourd’hui même ces lois ne sont pas encore appliquées dans leur entier ;
Parce qu’on ne peut détruire les vices de la servitude qu’en abolissant la servitude
elle-
Parce que toutes les notions de justice et d’humanité se perdent dans une société à esclaves ;
Parce que l’homme est encore vendu à l’encan, comme du bétail, dans nos colonies ; (...)
Parce que la prolongation de l’esclavage porte atteinte aux véritables intérêts des colonies et à la sécurité de leurs habitants ;
Parce que l’abolition, en réhabilitant le travail agricole, y rattachera toute la population libre ; (...)
Parce que l’affranchissement des nèges français entraînera l’émancipation de toute la race noire ;
Parce qu’en vertu de la solidarité qui lie tous les membres de la nation entre eux, chacun de nous a une part de responsabilité dans les crimes qu’engendre la servitude ».
Le document était adressé à l’ensemble des parlementaires et des conseillers généraux. La société abolitionniste française s’engageait ainsi, en fait, pour la première fois, depuis sa fondation, en faveur de l’abolition immédiate et non progressive, à l’anglaise. Ce texte, bien tardif, s’ajoutait à de nombreuses autres pétitions antiesclavagistes, notamment à celles de 191 « Hommes de couleur » de la Martinique, en date du 24 novembre 1836, à celle des ouvriers de Paris du 22 janvier 1844 et à celle que rédigèrent le pasteur Guillaume de Felice et Cyrille Bissette à l’intention du parlement et des conseil généraux en août 1846.
CHEZ LES PLANTEURS DE GUADELOUPE ET DE MARTINIQUE
C’est à une véritable enquête sur le système esclavagiste tel qu’il existait dans
les colonies françaises, néerlandaises, danoises et espagnoles des Caraïbes que Schoelcher
se livra en 1840-
Il nota de manière précise les différentes modalités de travail sur les plantations,
mais aussi les sévices infligés en toute légalité par les maîtres, les battues entreprises
pour la recherche des fugitifs. Il décrivit de manière précise la révolte et les
conditions de survie des nègres marrons, ceux qui avaient fui les plantations pour
se réfugier dans les forêts des îles montagneuses, les révoltes ou les menaces de
rébellion quasiment incessantes en Guadeloupe et en Martinique depuis les débuts
de la colonisation, la tension sociale particulièrement vive, tout récemment entretenue
par les révoltes d’esclaves des années 1820-
Les pouvoirs des colons
« Les colons tout puissants, maîtres de tous les postes, s’asservissent les gouverneurs, se jouent des lois, font chasser les fonctionnaires ou les prêtres qui ne se laissent pas séduire, introduisent leurs enfants jusque dans les hauts emplois des bureaux des colonies, au ministère de la Marine, subventionnent les journaux et payent un député et un pair de France pour vanter l’esclavage dans les Chambres ! »
Victor Schoelcher, Histoire de l’esclavage pendant les deux dernières années, 1847.
La condition des esclaves des plantations
« Privés de nourriture, épuisés de besoin ou déchirés sous le fouet le plus cruel,
le calme prodigieux (des esclaves), leur oeil sec, leur figure impassible, l’expression
de leurs traits infernalement satyriques au milieu des plus atroces douleurs, vous
prouvent qu’ils sont plus forts que la barbarie même. Ceux que la nature a doués
d’un si grand courage ou d’une telle puissance de caractère, s’ils ne se déterminent
à aller vivre en marrons dans les bois, comme des bêtes fauves, restent séparés de
l’habitation. J’ai vu quelques-
Victor Schoelcher, Des colonies françaises. Abolition immédiate de l’esclavage, 1842.
Schoelcher décrit un marché d’esclaves en Martinique :
« Nous avons assisté à une de ces criées de chair humaine. Quel spectacle !
C’était en 1841, à la Martinique, dans une grande salle remplie de meubles et d’objets
de toute espèce. Au milieu de ce fouillis, assise dans un coin, sur des caisses de
vin, était une fille de dix-
Après avoir vendu une baignoire, un lit, un canapé et une lampe, le commissaire-
Victor Schoelcher, « Scènes des colonies. Ventes publiques d’hommes et de femmes », in Revue indépendante, 25 mars 1847.
L’esclavage et le fouet
« Le fouet est une partie intégrante du régime colonial, le fouet en est l’agent principal; le fouet en est l’âme; le fouet est la cloche des habitations, il annonce le moment du réveil, et celui de la retraite; il marque l’heure de la tâche; le fouet encore marque l’heure du repos; et c’est au son du fouet qui punit les coupables, qu’on rassemble soir et matin le peuple d’une habitation pour la prière; le jour de la mort est le seul où le nègre goûte l’oubli de la vie sans le réveil du fouet. Le fouet en un mot, est l’expression du travail aux Antilles. Si l’on voulait symboliser les colonies telles qu’elles sont encore, il faudrait mettre en faisceau une canne à sucre avec un fouet de commandeur ».
Victor Schoelcher, Des colonies françaises. Abolition immédiate de l’esclavage, chapitre VII, « Le fouet », 1842.
Du rire à la rage
« Lorsque m’isolant par abstraction du monde matériel et me retirant dans le monde intellectuel, je me représente que de deux hommes l’un se dit le maître de l’autre, maître de sa volonté, de ses mouvements, de son travail, de sa vie, de son coeur, cela me donne tantôt un fou rire, et tantôt des vertiges de rage.
Que l’esclavage soit ou ne soit pas utile, il faut le détruire; une chose criminelle ne doit pas être nécessaire. La raison d’impossibilité n’a pas plus de valeur pour nous que les autres, parce qu’elle n’a pas plus de légitimité. Si l’on dit une fois que ce qui est moralement mauvais peut être politiquement bon, l’ordre social n’a plus de boussole et s’en va au gré de toutes les passions des hommes. La violence commise envers le membre le plus infime de l’espèce humaine affecte l’humanité entière ».
Victor Schoelcher, Des colonies françaises. Abolition immédiate de l’esclavage, 1842.
Le travail sur une plantation des Caraïbes
« Les esclaves travaillent aux champs par brigades de quinze ou vingt sous la surveillance de contremaîtres qui les contiennent avec un énorme fouet toujours agité. Voilà la vie d’esclaves, froide, machinale, abrutissante, vile, monotone, sans passé pour réfléchir, sans avenir pour rêver, n’ayant que le présent toujours armé d’un fouet ignominieux ».
Victor Schoelcher, Des colonies françaises. Abolition immédiate de l’esclavage, 1842.
Le prix du sucre...
« Si, comme le disent les colons, on ne peut cultiver les Antilles qu’avec des esclaves, il faut renoncer aux Antilles. La raison d’utilité de la servitude pour la conservation des colonies est de la politique de brigands. Une chose criminelle ne doit pas être nécessaire. Périssent les colonies, plutôt qu’un principe ».
Victor Schoelcher, Des colonies françaises. Abolition immédiate de l’esclavage, 1842.
Une dure réalité...
Lettre à Ernest Legouvé
Londres, 27 juin 1841
« Il est vrai, mon brave et généreux ami, que les Antilles ne sont pas faites pour
égayer, l’humanité d’en bas y est plus triste encore à observer que dans nos faubourgs
gelés car elle y est plus abjecte, plus avilie c’est-
J’ai cherché à peindre les terribles actes que j’ai vu se passer sous le délicieux climat des mornes des Antilles ».
Le Martiniquais Cyrille Bissette, banni de son île après un long procès politique pour avoir réclamé pour ses frères « hommes de couleur » libres, des droits civiques égaux à ceux des colons, avait publié dans sa Revue des Colonies, en 1835, un bilan sur les grands camps de nègres marrons de Guadeloupe, alors estimés à 1.500 personnes. Il avait surtout demandé, en juillet 1835, l’abolition immédiate de l’esclavage dans les colonies françaises et proposé les grandes lignes d’un plan de réorganisation sociale sans esclavage, comportant en premier lieu un décret pour l’instruction primaire gratuite et obligatoire.
Au lendemain de l’abolition britannique de l’esclavage de 1833, définitivement appliquée
en 1838, de nombreux esclaves quittaient les colonies françaises vers les îles anglaises
les plus proches, la Dominique, Antigua, Montserrat ou Sainte-
ENQUÊTES ET ATTENTISME GOUVERNEMENTAUX
En 1840, le Duc de Broglie inaugurait la présidence d’une « Commission instituée par décision royale du 26 mai pour l’examen des questions relatives à l’esclavage et à la condition politique des colonies » dont les travaux durèrent jusqu’en 1843 et qui sollicita à plusieurs reprises les avis des conseils coloniaux quant aux modifications à apporter au régime de l’esclavage. Un changement de gouvernement ne permit pas de donner une suite efficace aux propositions soumises, mais la commission de Broglie faisait évoluer la réflexion sur la nécessité de l’émancipation. Les assemblées parlementaires se refusaient toutefois au versement de l’indemnité qu’il faudrait verser, comme l’avait fait le gouvernement britannique, aux colons après l’abolition. Les lobbies des planteurs et des armateurs des grands ports organisaient par ailleurs une farouche résistance à toute modification du statu quo esclavagiste.
Les lois des 18 et 19 juillet 1845, dites lois Mackau, du nom du ministre de la Marine et des Colonies en place, modifiaient – théoriquement – en profondeur le régime de gouvernement des esclaves. Leur instruction devenait obligatoire pour leurs propriétaires, de même que le respect du samedi pour la culture de leurs lopins de terre, le respect de nouveaux horaires de travail ou l’acceptation de leur rachat à leur maître par le pécule qu’ils pouvaient s’être constitué par des travaux extérieurs à leurs plantation ou la vente des produits vivriers de leurs lopins.
Mais les nouvelles mesures arrivées de Paris trouvaient un écho très nuancé dans les colonies où les conseils de planteurs s’empressaient d’amender – voire d’annuler – les textes. Et Schoelcher de commenter dans le journal républicain La Réforme du 28 juillet 1846:
« C’est donc toujours la même chose. Le temps passe, les idées s’épurent, la civilisation agrandit son empire, les peuples s’éclairent, les moeurs s’adoucissent ; les colons seuls, immobiles, n’oublient rien et n’apprennent rien. N’osant plus toutefois soutenir l’esclavage en principe, ils disent qu’il faut préparer les esclaves, mais à chaque loi préparatoire, ils s’écrient en gémissant : ‘C’est la destruction des colonies !’ ».
PRODUIRE DU SUCRE...
La culture de la canne et la fabrication du sucre faisaient à cette époque l’objet de nouveaux essais de modernisation technique. Les prix du sucre avaient considérablement diminué depuis le début des années 1820, les coûts de production augmentaient avec le vieillissement du matériel et les planteurs étaient considérablement endettés. L’ingénieur agronome Paul Daubrée publiait en 1841 la brochure La question coloniale sous le rapport industriel, dans laquelle il préconisait la séparation de la culture et de la fabrication, cette dernière devant avoir lieu au sein de grandes usines centralisant les récoltes. Le tremblement de terre qui eut lieu en Guadeloupe en février 1843 précipita dans les deux colonies les transformations industrielles que Cuba avait expérimentées trois décennies plus tôt. Schoelcher et la commission d’abolition de l’esclavage de 1848 encourageaient de manière paradoxale la construction de ces établissements soutenus par des organismes de crédit spécifiques. Une quarantaine d’usines centrales étaient ainsi construites en Guadeloupe et en Martinique entre 1850 et les années 1870. Cependant, l’Europe satisfaisait déjà ses besoins croissants en sucre par la culture de la betterave.
EN HAÏTI EN 1841
Schoelcher arrive en Haïti en mars 1841, par le port du Cap-
Hérard Dumesle, député des Cayes, l’un des opposants du Président Jean-
Schoelcher et l’indemnité que Haïti versa à la France :
« Les Haïtiens disent avec colère, et nous sommes entièrement de leur avis, qu’ils
ne devaient rien aux propriétaires de Saint-
Que devait à un colon de Saint-
Victor Schoelcher, Haïti, 1843.
Schoelcher a pour objectif, lors de son périple en Haïti et dans les colonies anglaises
voisines, d’obtenir des preuves concrètes de la supériorité du travail libre sur
l’esclavage. Il prend le contre-
Schoelcher note que les cultivateurs haïtiens, soumis à de durs « codes ruraux », ont peine à « dépasser le point où les avait laissés la servitude » : « Ils sont délivrés des horreurs de l’ilotisme, mais ils ne connaissent pas les plaisirs de la liberté ». Un autre héritage de la colonisation est à ses yeux celui du « préjugé de couleur » que « les colons, expirant, (ont) légué à cette terre infortunée ».
Schoelcher consacre son dernier ouvrage, en 1889, pour le centenaire de la Révolution
française, à une Vie de Toussaint Louverture, évoquant notamment les événements qui
suivirent la rébellion des esclaves de Saint-
Schoelcher s’interroge au sujet de Toussaint Louverture, général en chef de l’armée
de Saint-
DE L’ÉGYPTE AU SÉNÉGAL
C’est afin d’« étudier l’esclavage musulman pour le comparer à l’esclavage chrétien
» que Schoelcher partait pour l’Egypte et la Turquie en 1844, pour le Sénégal et
la Gambie en 1847. En août 1847, il embarquait au Havre sur l’Anna vers le Sénégal.
Le statut de servitude en pays musulman n’avait selon lui « rien de commun avec l’esclavage
occidental ». Mais le sort des fellahs d’Egypte l’avait incité à qualifier le vice-
Après un séjour à Gorée, il remontait le fleuve Sénégal vers la Gambie sur l’Union.
Il s’élevait alors contre les « brillantes dissertations médicales (et) les plus
sublimes raisonnements psychologiques des Cuvier, des Spurzheim, des Virey pour démontrer
l’infériorité des Noirs », souhaitant démontrer combien les croyances alors répandues
par l’anthropologie raciste -
Schoelcher était alors surveillé de près par l’administration coloniale du Sénégal dont le gouverneur avait reçu ordre du ministre, le duc de Montebello, de lui rendre compte des moindres faits et gestes de ce voyageur antiesclavagiste : « Vous me ferez connaître confidentiellement l’attitude et le langage qu’il prendra pendant cette exploration, dans laquelle vous ferez observer ses démarches sans qu’il puisse être fondé à penser que l’administration cherche à gêner en rien ses investigations ou les regarde d’un oeil défavorable... », avait demandé le ministre, poursuivant : « Les doctrines abolitionnistes émises par M. Schoelcher, ses nombreux écrits contre l’esclavage et sa récente publication sur l’Egypte ne manqueront pas de donner de l’importance à son voyage dans nos établissements de la côte d’Afrique »...(Archives du Sénégal, Dakar, 1 B 37).
1848
La Révolution de 1848 provoqua une exceptionnelle ouverture politique, à la faveur
de laquelle Schoelcher, appelé par François Arago, ministre de la Marine et des Colonies
du Gouvernement provisoire, devenait, le 4 mars, sous-
Au terme d’un mois et demi de travaux, la commission d’abolition avait reçu les délégations les plus diverses, des représentants d’esclaves et de « libres de couleur » aux délégués des planteurs. Schoelcher avait demandé au ministère, dès les premières séances, la documentation la plus fournie sur les décisions des assemblées de la Révolution Française dans le domaine colonial et sur l’abolition qui avait tout récemment eu lieu dans les colonies britanniques. Elle avait élaboré un ensemble de décrets et arrêtés qui, tout en supprimant l’esclavage, fixaient de nouveaux cadres de la vie sociale, faisant par ailleurs des « nouveaux libres » de « nouveaux citoyens », appelés à élire au suffrage universel (masculin) leurs représentants à l’Assemblée nationale.
Mais la tâche fut rude. Le Gouvernement provisoire issu des journée révolutionnaires de février 1848 avait certes décidé en théorie la suppression de l’esclavage, mais la pratique se heurtait à des résistances internes puissantes. Tous les membres du gouvernement n’acceptèrent pas la mesure qu’ils souhaitaient voir débattre au sein de l’assemblée qui devait être prochainement élue. Schoelcher le savait. Il fit signer le décret par une majorité de membres du gouvernement – Armand Marrast, proche des milieux des planteurs qu’il représentait au sein de sa loge maçonnique, n’accepta par exemple de signer les décrets qu’en septembre 1848 – et insista auprès de Pagnerre, secrétaire général du gouvernement, pour que l’ensemble des décrets d’émancipation puissent paraître au Moniteur universel et partir vers les colonies. Il lui écrivait en effet, le 1er mai 1848 :
« En vérité, je ne croyais pas qu’il serait si long et si difficile de tuer l’esclavage sous la République ».
Une forte indemnité devait être versée aux planteurs « dépossédés » de leurs esclaves. La proposition dont Schoelcher avait fait part au Gouvernement provisoire, d’indemniser également les esclaves et de leur attribuer des lopins de terre fut rejetée par le gouvernement.
En Guyane et à La Réunion, les commissaires généraux de la République Pariset et
Sarda-
Décret du Gouvernement provisoire créant la Commission d’abolition de l’esclavage, 4 mars 1848
« Le gouvernement provisoire de la République,
Considérant que nulle terre française ne peut plus porter d’esclaves ;
Décrète :
Une commission est instituée auprès du ministre provisoire de la marine et des colonies pour préparer, dans le plus bref délai, l’acte d’émancipation immédiate dans toutes les colonies de la République.
Le ministre de la marine pourvoira à l’exécution du présent décret.
Paris le 4 mars 1848.
F. ARAGO ».
Décret d'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises, 27 avril 1848.
« Ministère de la Marine et des Colonies -
République Française
Liberté -
Au nom du Peuple Français
Le Gouvernement provisoire,
Considérant que l'esclavage est un attentat contre la dignité humaine;
Qu'en détruisant le libre arbitre de l'homme, il supprime le principe naturel du
droit et du devoir; Qu'il est une violation flagrante du dogme républicain: ‘Liberté
-
Considérant que si des mesures effectives ne suivaient pas de très près la proclamation déjà faite du principe de l'abolition, il en pourrait résulter dans les colonies les plus déplorables désordres;
Décrète:
Article Ier
L'esclavage sera entièrement aboli dans toutes les colonies et possessions françaises, deux mois après la promulgation du présent décret dans chacune d'elles. A partir de la promulgation du présent décret dans les colonies, tout châtiment corporel, toute vente de personnes non libres, seront interdits.
Article 2
Le système d'engagement à temps établi au Sénégal est supprimé.
Article 3
Les gouverneurs ou Commissaires généraux de la République sont chargés d'appliquer l'ensemble des mesures propres à assurer la liberté à la Martinique, à la Guadeloupe et dépendances, à l'île de la Réunion, à la Guyane, au Sénégal et autres établissements français de la côte occidentale d'Afrique, à l'île Mayotte et Dépendances et en Algérie.
Article 4
Sont amnistiés les anciens esclaves condamnés à des peines afflictives ou correctionnelles pour des faits qui, imputés à des hommes libres, n'auraient point entraîné ce châtiment. Sont rappelés les individus déportés par mesure administrative.
Article 5
L'Assemblée Nationale règlera la quotité de l'indemnité qui devra être accordée aux colons.
Article 6
Les colonies purifiées de la servitude et les possessions de l'Inde seront représentées à l'Assemblée Nationale.
Article 7
Le principe ‘que le sol de la France affranchit l'esclave qui le touche’ est appliqué aux colonies et possessions de la République.
Article 8
A l'avenir, même en pays étranger, il est interdit à tout français de posséder, d'acheter ou de vendre des esclaves, et de participer, soit directement, soit indirectement, à tout trafic ou exploitation de ce genre. Toute infraction à ces dispositions entraînerait la perte de la qualité de citoyen français.
Néanmoins, les Français qui se trouveront atteints par ces prohibitions, au moment de la promulgation du présent décret, auront un délai de trois ans pour s'y conformer. Ceux qui deviendront possesseurs d'esclaves en pays étranger, par héritage, don ou mariage, devront, sous la même peine, les affranchir ou les aliéner dans le même délai à partir du jour où leur possession aura commencé.
Article 9
Le Ministre de la Marine et des Colonies et le Ministre de la Guerre sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret.
Fait à Paris, en conseil de gouvernement, le 27 avril I848.
Signé:
Les membres du Gouvernement provisoire: DUPONT (de l’Eure), LAMARTINE, CRÉMIEUX,
GARNIER-
Le Secrétaire général du Gouvernement provisoire: PAGNERRE».
INDIGNATIONS ET AMBIGUÏTÉS
Après un exil de dix-
Le sort des immigrants « libres »...
« L’immigrant actuel n’est pas un homme ayant des droits civils. Il est réduit à
l’état de mineur ne pouvant rien par lui-
Victor Schoelcher, « L’immigration aux colonies », in Le Moniteur des Colonies, 7 juin 1885.
Membre de la Société des Droits de l’Homme, il s’élevait contre la perpétuation des
trafics d’êtres humains et de l’esclavage dans de nombreuses parties du monde. Ainsi
publiait-
Aux Caraïbes, une fédération d’Etats indépendants
« En examinant la position des Antilles au milieu de l’Océan, groupées toutes entre
l’Europe et l’Amérique, en regardant sur la carte où on les voit presque se toucher,
on est pris de la pensée qu’elles pourraient bien un jour constituer ensemble un
corps social à part dans le monde moderne, comme les îles Ioniennes en formèrent
autrefois dans le monde ancien. Petites républiques indépendantes, elles seraient
unies confédérativement par un intérêt commun et auraient une marine, une industrie,
des arts, une littérature qui leur seraient propres. Cela ne se fera peut-
Victor SCHOELCHER, Des colonies françaises. Abolition immédiate de l’esclavage, 1842.
ABOLITION ET COLONISATION
A la fin du XIXe siècle, la colonisation de l’Afrique fut justifiée par l’étendue
et l’ampleur des ressources à exploiter, des marchés à ouvrir aux denrées européennes,
mais aussi par la répression du trafic d’êtres humains et de l’esclavage. Ainsi les
abolitionnistes empruntaient-
L’un des résultats de la Conférence de Berlin, réunie à l’initiative de Bismarck
en 1884-
REPÈRES CHRONOLOGIQUES
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L’Abbé Casimir Dugoujon publie De l’esclavage dans les colonies françaises (Pagnerre, Paris, I845).
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Schoelcher occupe ses fonctions ministérielles du 5 mars au I7 mai I848. Il préside la commission d’abolition de l’esclavage du 5 mars au 21 juillet. Il est élu représentant du peuple en Guadeloupe et en Martinique et opte pour la Martinique, siège du « Gouvernement général des Antilles françaises ». Son siège de représentant de la Guadeloupe est alors occupé par son suppléant, Louisy Mathieu, ancien esclave.
Abolition de l’esclavage dans les colonies danoises des Caraïbes en juillet.
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Vote par le Congrès de la loi sur les esclaves fugitifs aux Etats-
Procès de l’indépendantiste Marie-
2-
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Parution de la Case de l’Oncle Tom de H. Beecher-
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Senatus-
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Intervention européenne au Mexique.
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ENGAGEMENTS POUR LA LIBERTÉ
C’est dès 1830 que Schoelcher affirme son option politique antimonarchiste et républicaine.
Il fréquente depuis l’adolescence les salons littéraires et politiques opposés au
gouvernement de Louis XVIII et s’inscrit à la société « Aide-
Les misères du monde...
"Je ne savais pas qu’il y avait tant de profondes misères dans le monde. J’en découvre à chaque pas d’effroyables. C’est cependant une belle tâche de travailler à chercher le remède, à organiser un milieu social où toutes ces souffrances ne seraient plus possibles. "
Victor Schoelcher à Ernest Legouvé, 1839.
Être républicain
"Je suis républicain depuis l’âge où l’on peut discerner le vrai du faux, le juste de l’injuste, le bien du mal. La République a toujours été pour moi le seul mode de gouvernement qui comportât les réformes sociales. Jamais je n’ai transigé avec la royauté, jamais je n’ai voulu lui prêter serment ; j’ai combattu sans relâche son principe et ses oeuvres fatalement mauvaises ".
Victor Schoelcher, Profession de foi, élections législatives, Paris, avril 1848.
La première expression de son choix politique apparaît dans l’une des lettres qu’il adresse à l’un de ses amis du Mexique d’où il vient tout juste de revenir. Nous sommes à Paris, le 15 juillet 1830, et Schoelcher décrit à cet ami, qui partage ses opinions, une situation sociale qui est en fait explosive et aboutira quelques jours plus tard à la Révolution de juillet 1830. Il écrit en effet :
« J’avais l’intention de vous parler de la pluie qui nous inonde, de la famine qui va arriver, des affaires politiques qui deviennent excellentes pour les gens qui pensent aussi bien que nous »...
LES DEVOIRS D’UN GOUVERNEMENT REPUBLICAIN
En 1839-
La république, c’est aussi, pour ceux qui la construisent tout au long du XIXe siècle, la revendication de droits pour les prisonniers politiques.
Au sujet du régime pénitentiaire
"La société moderne ne doit pas se venger des coupables ; elle doit les redresser, les améliorer, et cela même est le but essentiel de la peine qui leur est justement infligée ".
Victor Schoelcher, intervention à l’Assemblée, Le Moniteur, 5 janvier 1849.
Schoelcher est l’un des correspondants constants des républicains emprisonnés, militant pour qu’ils puissent bénéficier d’un régime pénitentiaire distinct de celui des condamnés de droit commun. Il intervient à plusieurs reprises au parlement pour que tous les détenus des prisons françaises puissent travailler au sein des établissements.
L’abolition de l’esclavage figure aussi au nombre des devoirs que tout gouvernement
républicain a selon lui à l’égard de la population, de même que l’abolition de la
peine de mort ou l’exclusion de toute ingérence religieuse. Mais c’est aussi au nom
de ces devoirs qu’un gouvernement républicain se doit, selon Schoelcher, de faire
bénéficier les populations colonisées d’acquis sociaux et politiques tels que le
bulletin de vote, l’école gratuite et obligatoire pour tous, la liberté d’expression,
la liberté de conscience. Il n’en dénonce pas moins la prise de possession de la
Nouvelle-
Les hypocrisies coloniales
"Civiliser les populations sauvages ! Les arracher à la barbarie en les amenant dans nos colonies où elles prendraient nos moeurs politiques ! Ce langage n’a rien de nouveau pour les vieux abolitionnistes.
Quand on allait trafiquer des nègres dont on faisait des esclaves ‘en les baptisant’, c’était aussi ‘pour arracher des sauvages’ à l’idolâtrie, pour conquérir des âmes à Dieu ! Les termes aujourd’hui sont changés, le fond est le même. Hypocrisie de pirates ".
Victor Schoelcher, Restauration de la traite des Noirs à Natal, 1877.
Lors de la Révolution de février 1848, Schoelcher vient de quitter le Sénégal où
il s’était rendu pour « étudier l’esclavage musulman » et le comparer à celui des
Caraïbes et des Amériques. François ARAGO, nouveau ministre de la Marine et des Colonies,
après avoir reçu les délégués des colons de Guadeloupe et de Martinique, expédie
sous leur pression une lettre-
Le 3 mars, il reçoit Schoelcher, le nomme sous-
LIBERTÉ, RÉPUBLIQUE, COLONISATION ET ASSIMILATION
Le 27 avril suivant, la commission soumet à la signature du Gouvernement provisoire un décret d’abolition de l’esclavage (Reproduction des décrets du 4 mars et du 27 avril 1848) ainsi qu’un ensemble de décrets qui réorganisent la vie sociale et politique des colonies.
L’esclavage est supprimé de manière immédiate – et non progressive, avec apprentissage
obligatoire des anciens esclaves chez leurs anciens maîtres, comme il l’avait été
en 1833-
Schoelcher fait ainsi entrer dans la pratique un principe émis sous la Révolution française par Boissy d’Anglas, celui de l’assimilation coloniale, qui consiste, en vue du développement harmonieux et prospère des colonies et du commerce qu’elles alimentent, à octroyer à leurs habitants une reconnaissance et un statut civique équivalent à celui de la population résidant en France hexagonale
" Assimiler..."
« Nous voulons la liberté pour tous en France, nous la voulons de même pour tous aux colonies ; nous voulons la justice impartiale en France, nous la voulons de même pour tous aux colonies, nous voulons l’égalité pour tous en France, nous la voulons de même pour tous aux colonies.
En un mot : nous voulons la République en France, nous la voulons de même aux colonies ».
Victor Schoelcher et Gaston Gerville-
Les élections ont lieu en 1848 et en 1849 dans les colonies où l’esclavage vient d’être supprimé. Le schoelcherisme y devient une tendance politique face au bissettisme. Cyrille Bissette, écarté du pouvoir lors de la transition républicaine de 1848 et des travaux de la commission d’abolition, est, comme Schoelcher, candidat à la représentation du peuple en Guadeloupe et en Martinique. Les deux hommes s’affrontent depuis 1842. Bissette reproche à Schoelcher son athéisme, et l’exclusion à laquelle il le condamne en le maintenant à l’écart des travaux de la Société française pour l’Abolition de l’Esclavage. Schoelcher quant à lui, tient effectivement ce sérieux rival à l’écart de ses initiatives abolitionnistes et gouvernementales.
Chacun d’eux sera élu dans les colonies, Bissette ayant du conclure une alliance
avec le candidat des békés (colons planteurs d’origine européenne) de Martinique,
Auguste Pécoul. Les succès électoraux de Schoelcher dans les colonies sont largement
dus à l’activité des loges maçonniques locales d’« hommes de couleur », notamment
Les Disciples d’Hiram en Guadeloupe ou L’Union en Martinique. Ces loges sont les
viviers dans lesquels se recrutent alors hommes politiques ou directeurs des journaux
républicains, Le Progrès en Guadeloupe, La Liberté en Martinique. Elles sont les
relais efficaces de la communication qui s’établit entre Schoelcher – qui ne reviendra
pas aux Caraïbes après son séjour de 1840-
Le mythe schoelcherien est né. Schoelcher personnifie la liberté, le schoelcherisme se développe en Guadeloupe et en Martinique, le mythe masque dès cette époque un processus historique en réalité plus complexe
Une référence coloniale
« Monsieur Schoelcher est le ministre perpétuel des colonies, c’est lui qui trace à chacun le programme à suivre, c’est lui qui destitue et nomme à son gré les fonctionnaires. Les ministres qui tour à tour abdiquent ainsi leurs pouvoirs en gémissent, nous le savons, mais aucun d’eux ne s’est encore révolté contre cette tutelle odieuse ».
La Défense coloniale, journal des planteurs de Martinique , 26 avril 1882.
VIVRE EN EXIL
Le 2 décembre 1851, son opposition au coup d’Etat de Louis-
CONSTRUIRE LA REPUBLIQUE
En août 1870, Schoelcher vient de rentrer de Londres où il a vécu un exil de dix-
La condition des femmes, leur absence de droits sociaux et civiques avaient amené
Schoelcher à prendre position dès les années 1840 en faveur de la formation, en France,
de comités féminins pour l’abolition de l’esclavage, comme il en existait en Grande-
D’une servitude à l’autre
"Toutes les servitudes se touchent, et les mêmes causes produisent les mêmes effets. Le temps est passé où l’on disait que la place des femmes était au salon ou à la cuisine ".
Victor Schoelcher, Congrès anticlérical, Saint-
Partisan de la suppression de la peine de mort « en toutes matières », il se heurte pendant toute sa vie à des refus majoritaires au sein de chaque assemblée. Le Gouvernement provisoire n’avait aboli, en février 1848, la peine de mort qu’en « matière politique ».
La surmortalité infantile, l’exploitation du travail des enfants, la faible scolarisation, la négation des droits de l’enfant face à l’autorité paternelle, à la maltraitance ou à l’abandon sont à l’origine d’un autre long combat de Schoelcher qui mène enquêtes et travaux de commissions sur ces sujets. Rapporteur en 1882, devant le Sénat, de la loi sur l’enseignement gratuit et obligatoire pour tous, il estime que l’école « élémentaire » que tout enfant fréquentera doit être laïque, dégagée de toute influence religieuse (exergue « Schoelcher et l’école républicaine »).
Schoelcher et l’école républicaine
"Travailler à détruire l’ignorance est pour le ministère une impérieuse obligation. Les écoles feront naturellement pénétrer de plus en plus l’amour de la République au fond des coeurs ; car l’instruction, en éclairant notre esprit, démontre que la République est, de toutes les formes de gouvernement, la plus rationnelle et la plus morale, celle qui prête le moins aux abus. Ce n’est aussi qu’en passant par l’école que les enfants deviennent des citoyens, connaissant bien leurs droits et leurs devoirs, et comprenant cette vérité essentielle que plus on a de droits plus on a de devoirs.
Dans une société comme la nôtre, dotée du suffrage universel, chacun de ses membres ayant part au gouvernement, il importe à la sage administration du pays, à son repos, à sa prospérité, qu’ils soient tous assez instruits pour se former un bon jugement de ceux à qui ils confient la charge si grave de faire les lois. On l’a dit avec pleine raison : ‘Les écoles serviront à compléter l’éducation du suffrage universel’. Et, en effet, mieux les masses seront instruites, mieux elles useront avec discernement du bulletin de vote mis dans la main du plus pauvre comme du plus riche, du paysan comme du citadin.
Le bulletin de vote du suffrage universel, ô merveilleuse et bienfaisante puissance de ce petit morceau de papier ! Jamais il n’y eut de sauvegarde aussi sûre de l’ordre ! Il impose le calme aux plus impatients des réformes nécessaires par la certitude qu’il donne que la majorité aura toujours tôt ou tard le dernier mot ; il ferme ainsi la porte à tout mouvement révolutionnaire, d’où qu’on veuille le tenter, comme en témoigne la redoutable épreuve du 16 mai que la France vient de traverser, et dont elle est sortie victorieuse par la seule force de la loi.
Le complément logique de l’instruction gratuite et obligatoire est sa laïcité. L’instructeur
laïque a sur le congréganiste l’avantage d’être indépendant de toute autorité étrangère
à celle de son chef naturel ; il ne doit obéissance ni à un évêque ni à un pape ;
n’ayant d’autre ‘supérieur’ que le ministre, il n’est exposé à aucune direction contradictoire.
Dans son école, les enfants appartenant à tous les cultes : juifs, catholiques, protestants,
mahométans, libres-
Extrait de l’article de Victor Schoelcher intitulé « Des écoles » paru dans Le Rappel le 28 août 1878.
Son option républicaine prend une dimension en quelque sorte internationale après
1870, à l’issue des dix-
Le régime républicain doit également assurer aux citoyens l’application du droit
commun dans tous les domaines de la vie sociale. Ainsi, en tant que membre de la
Commission du travail colonial qui se réunit en 1872-
POUR UN DROIT DES ENFANTS
Les femmes doivent selon lui « exister en tant que membres de la société politique ». Les enfants doivent, quant à eux, être protégés contre l’abandon et les conséquences de la pauvreté.
« C’est l’école primaire laïque, indique Schoelcher lors d’une conférence devant la Ligue de l’enseignement laïque en 1881, qui, en commençant la culture de l’intelligence, lui donne des bases solides et la fortifie. C’est là que les enfants apprennent à devenir de bons citoyens, connaissant leurs devoirs et leurs droits, capables de juger la valeur politique et surtout morale de ceux qui sollicitent leurs suffrages ».
Il contribue, pendant le dernier tiers du XIXe siècle, à l’élaboration progressive d’un ensemble de « droits » de l’enfant, préconisant, comme en bien d’autres domaines, avant l’apparition de l’expression, la notion de service public pour remédier aux lacunes de la pratique sociale et du Code civil.
Le sort des enfants abandonnés le préoccupe en fait dès ses premiers contacts avec les mondes coloniaux et ce qu’il avait appelé, visitant les quartiers pauvres de Paris avec son ami Pierre Leroux, les « misères du monde ».
En 1833 dans De l’esclavage des Noirs, puis dans les décrets d’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848, il préconisa le placement des orphelins et des enfants abandonnés dans des hospices. Des crèches et des asiles devraient également être ouverts dans chaque bourg.
En 1878, il préside la « Société nationale des amis de l’enfance, ligue pour la propagation
du lait maternel ». En 1880, il est vice-
En 1882, il se rend en Angleterre pour étudier la législation et les pratiques à l’égard de la protection publique apportée aux enfants abandonnés.
Il s’associe par ailleurs à la préparation de la loi du 19 décembre 1874 qui condamne toute personne faisant travailler de manière périlleuse des enfants âgés de moins de 16 ans ou les obligeant à la mendicité et au vagabondage.
Il s’insurge par la même occasion contre le nombre excessif d’heure de travail légal pour les enfants, que les députés ne veulent limiter qu’à 12 heures par jour.
Il est enfin rapporteur, devant le Sénat, en 1882, de la loi sur l’enseignement gratuit et obligatoire pour tous.
SERVITUDES CONTEMPORAINES
L’organisation britannique Anti-
Anti-
Les sociétés abolitionnistes qui virent progressivement le jour dans plusieurs pays
du monde au XIXe siècle prirent modèle – quant aux objectifs et aux moyens d’action
– sur la British and Foreign Anti-
Cette forme de servitude peut apparaître à l’occasion du prêt d’une somme relativement
modique, dont le remboursement entraîne un endettement qui peut courir sur plusieurs
générations et impliquer toute une famille, étant donné la faiblesses – ou l’absence
– de revenu versé au travailleur engagé dans ce processus. Ce système d’asservissement
est particulièrement répandu en Asie du Sud, en Inde, au Pakistan – où des lois d’abolition
de la servitude pour dette furent votées en 1975 et en 1992 -
La réduction en servitude concerne une forte proportion de la population en Mauritanie, où l’esclavage fut aboli une nouvelle fois en 1981. Au Soudan, le contexte de guerre civile a permis, pendant les années 1980, la multiplication de milices opèrant le déplacement et la mise en servitude de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants dans le sud du pays .
Les courants migratoires de femmes et d’enfants pour la prostitution et/ou le travail
domestique sont particulièrement abondants vers le Moyen-
LE TRAVAIL DES ENFANTS
Dans le cas de l’exploitation du travail des enfants, l’emploi du terme esclavage
est particulièrement conforme à une réalité très voisine de celui des siècles passés.
Les moyens de recrutement, les types d’emploi et de rémunération, à l’issue d’ une
vente, d’une cession par la famille ou par kidnappings sont des pratiques fréquentes.
L’Organisation Internationale du Travail estime aujourd’hui entre 250 à 300 millions
le nombre d’enfants âgés de 5 à 14 ans victimes du phénomène. Une situation liée
à l’appauvrissement croissant de certains groupes de population, qui concerne essentiellement
les continents en voie de développement (Afrique, Inde, Asie du Sud, Asie du Sud-
Le travail des enfants est particulièrement fréquent dans l’agriculture, dans la
domesticité, l’industrie, l’artisanat, pour l’utilisation de machines délicates ou
les travaux manuels très faiblement rémunérés. L’emploi d’enfants pour la vente des
rues, dans le bâtiment, les briqueteries, les carrières, les mines, la fabrication
manuelle d’objets divers est moins connu que leur présence dans les usines de fabrication
de balles de base-
La fragilité de leur statut s’accroît avec le déplacement géographique, la perte
de contact avec leur famille, la violence physique, l’isolement, l’impossibilité
de communiquer avec l’environnement, la peur et la loi du silence. Les exemples sont
innombrables dans les rapports accumulés par les bureaux de l’ONU, de l’UNICEF, de
l’OIT, d’Anti-
LES RECOMMANDATIONS DES ORGANISMES INTERNATIONAUX
Le 25 septembre 1926, dans le cadre des travaux de la Société des Nations à Genève était signée une Convention relative à l’esclavage qui en préconisait la répression. Elle fixait dans son article premier que “ l’esclavage est l’état ou condition d’un individu sur lequel s’exercent les attributs du droit de propriété ou certains d’entre eux ”. Quant à la traite, elle comprenait “ tout acte de capture, d’acquisition ou de cession d’un individu en vue de le réduire en esclavage; tout acte d’acquisition d’un esclave en vue de le vendre ou de l’échanger; tout acte de cession par vente ou échange d’un esclave acquis en vue d’être vendu ou échangé, ainsi que, en général, tout acte de commerce ou de transport d’esclaves ”.
L’article 2 engageait les signataires à “ prévenir et réprimer la traite des esclaves ”, à “ poursuivre la suppression complète de l’esclavage sous toutes ses formes, d’une manière progressive et aussitôt que possible ”. La suppression de la traite et de l’esclavage n’était cependant envisagée que de manière “ progressive ”, chaque signataire restant juge et arbitre de la rapidité de la progression...
Le Bureau International du Travail avait adopté en juin 1930 une Convention sur le travail forcé visant à le supprimer “ sous toutes ses formes dans le plus bref délai possible ” . La Convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui qu’approuva l’Assemblée générale des Nations Unies en décembre 1949 entrait en vigueur en juillet 1951. Le 23 octobre 1953, l’Organisation des Nations Unies reprenait à son actif les fonctions antiesclavagistes que s’était assignée la Société des Nations. Un Protocole amendait la Convention de 1926 puis une Convention supplémentaire relative à l’abolition de l’esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l’esclavage était adoptée le 7 septembre 1956. Les Etats parties devaient “ se prêter un concours mutuel ” dans la communication de renseignements et signaler tout phénomène de traite et d’esclavage aux Nations Unies.
Comme la Convention de l’Organisation internationale du Travail sur l’abolition du travail forcé de 1957 ce texte se référait à la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1948, “ idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations ”. Rappelons que l’article 4 de la Déclaration indiquait que: “ Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes ” .
LUTTER CONTRE L’ESCLAVAGE AUJOURD’HUI
En 1974 l’ONU créait à Genève un Groupe de travail sur les formes contemporaines
de l’esclavage dans le cadre de la Commission des droits de l’homme. Elle ajoutait
aux pratiques sociales susceptibles d’être qualifiées d’esclavage, l’apartheid, le
colonialisme, l’exploitation des toxicomanes. La Convention des droits de l’enfant
adoptée par les Nations Unies le 20 novembre 1989 évoque les droits civiques, politiques,
économiques et sociaux des enfants (article 32). Le Programme international pour
l’abolition du travail des enfants (IPEC) initié en 1992 a abouti à la Convention
182 de l’OIT sur “ l’interdiction des pires formes de travail des enfants ” (âgés
de moins de dix-
La Cour Pénale Internationale a défini par le Statut de Rome, en juillet 1998, les actes qualifiés de “ crimes contre l’humanité ” parmi lesquels “ la réduction en esclavage, (...) fait d’exercer sur une personne l’un quelconque ou l’ensemble des pouvoirs liés au droit de propriété, y compris dans le cadre de la traite des êtres humains, en particulier des femmes et des enfants ” . Le Bilan 2000 du Système des droits humains à l’ONU observait au sujet des “ formes contemporaines d’esclavage ” que “ la servitude pour dettes et le travail servile violent de nombreux droits de la personne, notamment le droit à la santé, le droit à l’éducation, le droit à la liberté et la sécurité de la personne et le droit de choisir librement son emploi ”. La pauvreté étant considérée comme un “ élément favorisant la perpétuation de l’esclavage ”, la dette internationale apparut comme “ facteur aggravant ”, de même que “ la discrimination sous toutes ses formes ”.
La Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne signée le 7 décembre 2000
interdit l’esclavage, le travail forcé et la traite des êtres humains (article 5
du Chapitre I -
Dans la perspective d’une unification de la législation européenne sur le sujet, une mission parlementaire sur l’esclavage moderne réunissant trente députés français a enquêté en France et à l’étranger, et a remis un rapport en décembre 2001 intitulé L’esclavage en France aujourd’hui. En janvier 2002, un projet de loi était adopté par l’Assemblée nationale, visant à “ traduire dans la loi certaines des propositions de la mission (...) sur les diverses formes de l’esclavage moderne qui visent à combattre la traite des êtres humains et à en reconnaître les victimes ”. Quant à Amnesty International, elle a récemment décidé de prendre en compte le respect de “ nouveaux ” droits de l’homme, incluant ainsi la lutte contre le trafic d’êtres humains et l’esclavage .
DU POUVOIR CONSULTATIF AUX SANCTIONS ÉCONOMIQUES
De quels moyens l’ONU, l’OIT, l’Union Européenne ou les ONG disposent-
La South Asian Coalition Against Child Servitude (Coalition d’Asie du Sud contre la servitude des enfants) a lancé en 1997 une Marche mondiale contre le travail des enfants qui a parcouru 80 000 km et traversé 108 pays. De telles initiatives ébranlent peu, toutefois, la passivité internationale qui se contente le plus souvent de déplorer la survivance de l’esclavage et l’augmentation du travail des enfants en posant le doigt sur certains exemples criants .
Un autre moyen de lutte utilisé est l’éducation.
L’UNESCO et la “ Route de l’Esclave ”
Le programme de l’Unesco “ La Route de l’Esclave ” initié en 1994 a pour objectif d’“ offrir l’occasion d’une réflexion commune sur les causes historiques, les modalités et les conséquences de cette tragédie, ainsi que d’une analyse des interactions qu’elle a générées entre l’Afrique, l’Europe, les Amériques et les Caraïbes ”. Les ministres de la Culture des Etats membres sont conviés depuis plusieurs années à permettre l’organisation d’actions de sensibilisation à cette histoire. Les enjeux annoncés par l’UNESCO sont: “ vérité historique, paix, développement, droits de l’homme, mémoire, dialogue interculturel ”.
Un programme éducatif, “ Briser le silence ”, à travers l’Unité de coordination du système des écoles associées en liaison avec le Département du dialogue interculturel et du pluralisme pour une culture de la paix, a pour but de promouvoir l’enseignement relatif à la traite négrière et à l’esclavage (Unesco, Division de la Culture).
Plusieurs journées commémoratives du souvenir de la traite transatlantique et de
l’esclavage ont été fixées. Ainsi, la date du 23 août a-
En France, le 27 avril a été retenu comme date de référence pour la célébration de l’abolition de l’esclavage par le Gouvernement provisoire de 1848. Elle est fixée au 22 mai en Martinique, au 27 mai en Guadeloupe, au 10 août en Guyane et au 20 décembre à La Réunion, dates locales d’entrée en vigueur du décret d’abolition.
Enfin, le 2 décembre, décrèté “ Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage ”, évoque le 2 décembre 1949, lorsque l’Assemblée générale des Nations Unies adopta la Convention pour la répression et l’abolition de la traite des êtres humains.
Le programme interculturel initié en 1994 par l’UNESCO intitulé “ La Route de l’Esclave ”, est un projet de recherche et de diffusion d’informations vers les enseignants et leurs élèves sur l’histoire de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs conséquences . Une exposition, “ L’Europe unie contre l’esclavage ”, a été réalisée à Paris par Sources d’Europe en collaboration avec le CCEM en 2001.
Le Comité Contre l’Esclavage Moderne
Le Comité Contre l’Esclavage Moderne créé en France en 1994 s’est fixé comme objectif la libération des “ êtres asservis ” et le combat “ contre la passivité des Etats dans ce domaine ”. Le C.C.E.M. prend en charge toute personne en situation d’esclavage domestique en France et mène des actions juridiques en leur faveur.
Il pilote le projet Daphné, soutenu par la Commission Européenne, “ pour une action européenne contre l’esclavage ” et a permis la création du Comité Européen Contre l’Esclavage Moderne (1999).
Pour la France, les estimations réalisées à partir de 261 “ dossiers répertoriés ”, donc de “ cas prouvés d’esclavage ”, permettent au C.C.E.M. de fournir les pourcentages suivants en avril 2001: les victimes, dont 76 % sont des femmes, sont originaires d’Afrique pour 65 % d’entre elles, d’Asie pour 26,5 %, du Moyen et du Proche Orient pour 3,1 %, d’Amérique du Sud pour 2,7 %, d’Europe pour 2,7 %.
Initiatives qui peuvent être perçues comme un défi au silence qui dissimule encore certaines pratiques et certaines implications en Europe comme en Afrique, mais qui peuvent aussi apparaître comme un pâle reflet des appels à la conscience humaine que Condorcet, Clarkson ou Schoelcher lancèrent, en leur temps, à leurs contemporains...
La Commission Européenne a opté en 2000 pour des sanctions économiques par la suspension
du “ système communautaire de préférences généralisées ” à l’égard des pays dans
lesquels de graves violations des droits de l’homme auront été constatées, notamment
le travail des enfants. Le parlement français a voté en mai 2001 une loi tendant
à la qualification de la traite négrière et de l’esclavage comme crimes contre l’humanité.
Quelques mois plus tard, la Conférence mondiale des Nations Unies contre le racisme,
la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance réunie à Durban (Afrique
du Sud) en août-
ÉVITER LES AMALGAMES
L’analyse des arguments utilisés et des moyens d’action suggérés aujourd’hui contre la traite d’êtres humains et la réduction en servitude, surprend par sa similitude avec l’arsenal argumentaire des abolitionnistes des siècles antérieurs.
Les abolitionnistes des siècles passés encourageaient leurs contemporains à signer
des pétitions, à lancer des campagnes de presse et de conférences dénonçant les atrocités
du système esclavagiste colonial, à boycotter des produits en provenance des colonies
à esclaves. Aujourd’hui, certaines entreprises ajoutent à leurs arguments de vente
que leurs produits -
La dénonciation, de nos jours, de cas de trafics humains ponctuels et de servitude est certes une démarche nécessaire, mais elle peut masquer, selon certains observateurs, un aspect plus global du problème, apparemment hors d’atteinte, tenant à l’ordre économique mondial, aux dettes et aux réseaux du commerce international.
Exploitation économique, violence physique et mentale, peur, loi du silence sont
des caractéristiques communes au système de servitude des XVIIe-
Les deux phénomènes, dont les réalités sont différentes, demeurent liés, toutefois,
par un problème de reconnaissance qui leur est aujourd’hui commun. Il n’est pas surprenant,
en effet, que le débat concernant la qualification de la traite et de l’esclavage
des XV e -
ORIENTATIONS BIBLIOGRAPHIQUES
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